De "maktabe" en "maktabe", on finit un jour par trouver son bonheur tant ces agences immobilieres sont nombreuses dans les quartiers populaires d'Alep. C'est Michel, homme d'une quarantaine d'annee qui nous sert de guide. Lui est un ami du Point Coeur de Telephonhawai et a accepte de nous aider. Dans la vie de tous les jours, il passe son temps a servir l'Eglise en dirigeant les travaux de telle paroisse ou de telle ecole toujours en depensant sans compter son energie et... son argent. Il vit avec sa maman et tout le reste de sa famille est parti rejoindre les Ameriques pour trouver une vie meilleure. Un jour, lui aussi peut-etre partira mais pour l'instant, un amour inconditionnel pour l'Eglise de son pays le retient ici, en Syrie.

Le marche immobilier a Alep en ce debut d'ete est completement bouche. Les familles de refugies irakiens ont recupere tous les logements qui restaient disponibles et les Syriens de la diaspora reviennent chez eux l'ete pour passer les vacances avec leurs familles restees au pays. Resultat: les prix des loyers ont flambe.

Nous arpentons les rues de Slimanye, Middan, Telephonhawai pour trouver l'appartement qui nous permettra d'implanter la mission Fidesco dans la vie d'un quartier, si possible pres d'une paroisse de l'Eglise grec catholique a laquelle nous sommes attaches. Francois, ami de Michel, nous conduit au "maktabe" d'Abou Elias qui nous fait visiter par son accolyte Victor, l'appartement d'une famille irakienne de Mossoul. Ils partent dans une semaine. Ou? Je leur demande mais ils restent enigmatiques. La "teta" (grand-mere) m'accueille avec un grand sourire et deux jeunes garcons, certainement ses petits-enfants me regardent, admiratifs. Nous echangeons quelques mots, une benediction puis nous repartons en suivant toujours Victor, cinquantenaire debonnaire qui n'a de cesse de parler. Nous ne prendrons pas l'appart, trop petit, trop haut, trop chaud. C'etait le troisieme que nous visitions en une journee et nous avions deja vu six ou sept "maktabe". Il fallait rentrer a la maison et laisser Miche travailler.

Sur le chemin du retour, Abou Elias nous appelle pour nous dire qu'Abou Fadi, un autre agent de "maktabe" avait quelque chose a nous proposer derriere l'eglise Mar Georgius, la plus grosse paroisse grec catholique de la ville. Et nous voila repartis a Slimanye pour recuperer Abou Fadi et Victor. Arrives a l'appartement, nous decouvrons un grand logement en etat incertain mais tout de meme bien sympathique avec trois chambres (ce qui pourrait bien nous etre utile quand nous accueillerons inch'Allah un troisieme missionnaire-cooperant) et un salon pour recevoir nos invites. Les salles d'eau sont a refaire, les murs defraichis a brosser a grande eau mais, avec du travail, cet appartement pourrait bien devenir notre maison.

Deux heures plus tard, nous visitons avec Michel un autre logement dans le quartier qui nous parait finalement bien trop luxueux pour notre standing. Nous lachons l'affaire pour nous recentrer sur l'appartement d'Abou Fadi. A six heures, reunion au sommet dans le maktabe d'Abou Elias pour faire avancer l'affaire. Negociation du loyer, financement des travaux... Au bout d'une heure, nous finissions par nous entendre mais, tout de suite, pour que "la parole soit liee", on nous demande de verser une premiere somme. Bertrand file a l'archeveche, ramene l'enveloppe qu'il remet aux interesses.

Il est convenu que nous nous retrouvions le lendemain pour faire le devis des travaux. Michel, encore la, dirige les operations. Abou Fadi ecoute. C'est lui qui sera charge de les conduire. Aujourd'hui, finalement, je passe dans les "maktabe" d'Abou Elias puis d'Abou Fadi pour regler le premier loyer d'avance sur l'annee de loyer qui sera a regler lors de la signature du contrat a l'hotel de la ville. Nous, Bertrand et moi-meme, ne serons pas la. C'est un representant de notre eveque, Mgr Jeanbart qui reglera l'affaire. Les travaux termines, les papiers signes, nous pourons enfin emmenage a la fin du mois d'aout inch'Allah!